Avant course

Pour le premier opus de cette saga, Jérôme et Patrice nous dévoilent, chacun leur tour, comment est venu la motivation de s'engager sur une course de plus de 100km ! Quand on est diabétique, il s'agit d'un sacré défi... même pour une personne saine ! Ils nous parleront de leur préparation : médicale, sportive et alimentaire ainsi que de l'organisation de la course.

 

 

Jérôme

 

Quelle a été ma motivation ? 

Ayant déjà participé à des courses à pied longues distances, j’acceptais d’accompagner Patrice pour son premier 100 km. Pour marquer nos quarante années de diabète respectifs, nous avions envisagé cette course en 2020 mais la première vague de Covid nous en empêcha. Cette course longue distance reste une épreuve exceptionnelle et nécessite des mois et des années de préparation. Tous ces défis m’attirent et me permettent de mieux appréhender et comprendre ma maladie. 

Ma préparation sportive 

Ma préparation sportive est ininterrompue tout au long de l’année, j’augmente simplement les séances longues quelques mois avant ce type de compétition, pour atteindre 30 à 40 km. Mes trajets professionnels biquotidiens se font en partie à vélo et je chausse mes baskets de course à pied 3 à 4 fois par semaine. Ces activités douces et régulières sont essentielles pour mon équilibre glycémique et entretenir ma sensibilité au traitement. 

Je pense que le diabète retarde et modifie ma préparation. Retardé car nécessite une prise en compte des paramètres insuliniques et diététiques, sans négliger la préparation purement physique. J’ai donc à travailler les qualité et quantité d’apports glucidiques, les réductions des doses d’insuline, les horaires d’entrainements, leurs répétitions et bien d’autres points souvent mineurs pour d’autres sportifs non diabétiques. Ainsi, mon approche des entraînements et de la compétition est différente et modifiée.

J’ai été suivi de nombreuses années par une diabétologue, Dr Berné, très au fait des pratiques sportives chez les personnes atteintes de diabète. Elle m’a aidé à gravir les « distances » et aujourd’hui retraitée, j’ai choisi une consœur Dr Camus-Bablon avec qui la collaboration et le suivi sont exceptionnels. J’ai également été suivi médicalement à l’INSEP et consulte des équipes médicales au moins formées à la pratique sportive et le plus souvent au sport/diabète.

J’ai longtemps modifié mes repas les jours d’avant compétition afin d’augmenter mes réserves de glycogène mais devais faire face à certaines hyperglycémies dus à ces apports majorés, aux réductions d'entraînements ainsi qu’au stress d’avant course favorisant la sécrétion d’adrénaline, hyperglycémiante.

La glycémie de la veille était parfaitement gérée par la boucle fermée. Ne souhaitant pas rencontrer de situation délicate, je restais vigilant à ma situation dans la cible et aidais l’algorithme afin de valider les bolus conseillés. J’ai été le plus précis possible dans mon calcul des glucides, à peser mes aliments et évité des plats méconnus.

 

Patrice

 
Pourquoi ce défi ? 

Pourquoi s’engager sur 100 bornes ? Très sincèrement, je ne sais pas trop ! A l’instar d’un marathon : sur la ligne de départ, on se demande ce qu’on fait là ; pendant, on rumine... plus jamais ça et à peine arrivé…c’est quand le prochain ? On dit que la course à pied est le sport qui rend le plus vite dépendant, je confirme, stupéfiant ce « stupéfiant » ! Plus sérieusement, le moteur de la course à pied et plus largement du sport est parfois pour ma part un grand inconnu et sûrement très irrationnel. Pour autant, la force du symbole l’a emporté sur ce coup-là, sans trop réfléchir, comme d’hab… pourquoi ne pas fêter nos 40 ans de DID entre frangins ? C’est un peu débile et ridicule mais se dire qu’on est en vie, en mouvement quand d’autres galèrent, DID ou pas mais très proches de nous, on en connaît, sans compter sur l’immense bonheur d’un projet fraternel, à 2 certes mais vraisemblablement à 3 frères dans ma tête, ont nourri ce projet. Associé au pater et à mon épouse, tout était réuni pour un moment de bonheur comme je les affectionne particulièrement. Mais n’oublions pas le dépassement de soi qui me fait souvent dire « merde » à cette pathologie !

Comment je m'y suis préparé ?

Ma prép : vraisemblablement insuffisante sur le plan qualitatif car sur le plan quantitatif, cela fait de nombreuses années que je fais du sport ou de l’AP, je ne sais comment l’appeler, quotidiennement, soit au total 12 à 16 heures d’AP par semaine. Du biking, du rameur, du vélo de route et de la course à pied (3 à 4 sorties par semaine). Conseillé par Jérôme, ma préparation a été très intuitive et non codifiée, bien que variée, mais surtout progressive... J'ai surement insuffisamment mis mon corps dans le rouge pour être confortable sur les 100 kms et me suis contenter d’endurance fondamentale sans suffisamment pousser le cardio dans les tours. J’ai en fait privilégié l’entraînement croisé au détriment de sorties cap qui auraient dû être plus longues. Mes sorties de càp les plus longues ont été en effet de 50 km. A refaire, je travaillerais plus le renforcement musculaire et les longues sorties en endurance fondamentale mais aussi des blocs et des WE chocs. Par contre, côté DID et adaptation des doses à l’effort…RAS, glycémies et hypos maitrisées.

Dire que mon DID retarde ou modifie la préparation : NON pour ma part, à fortiori sous CTRL IQ. Je dois avouer que ni hypo, ni hyper ne m’ont un jour empêché de faire du sport…ce qui est plutôt contre les recommandations médicales mais on ne se refait pas. J’ai par exemple adopté le mode AP dès le début de mise sous CTRL IQ pour très vite y renoncer au profit d’une veille constante de la courbe glycémique transmise à la pompe par le G6. Ayant la fâcheuse habitude de viser la normoglycémie à l’effort, la hausse du seuil en mode AP ne m’a en effet pas convaincu. Ces fâcheuses habitudes m’amènent d’ailleurs à « boluser » pendant l’AP, à tort souvent, et à me retrouver en sévère hypo. par la suite...mais ces hypos, mêmes sévères, ne me font jamais stopper mon AP, contrairement aux recos des soignants bien sûr.

En parallèle, je n’ai pas bénéficié sur cette épreuve d’un suivi médical spécifique. J’ai eu l’occasion en 2016 de participer à un protocole diabético sportif dans le cadre du marathon de Paris, porté par le CHU La Cavale Blanche à Brest. A cette occasion, les 12 DID dont j’ai eu la chance de faire partie ont pu bénéficier d’une approche théorique et d’un partage d’expériences qui me servent encore aujourd’hui. Deuxièmement, je participe depuis 3 ans aux stages Sport et Diabète (Trail) organisés par l’USD. Ces 2 composantes m’ont permis d’être relativement autonome dans la gestion de mon DID à l’effort. Enfin, une approche empirique mais réfléchie, faite d’essais et d’erreurs, sans jamais prendre de risques, m’a apporté une bonne maîtrise de l’adaptation du DID à l’AP. Je reconnais avoir beaucoup lu de topos qui modélisent cette même adaptation, mais j’en suis revenu car la réalité « terrain », faites de paramètres exogènes et/ou environnementaux non modélisables, perturbent forcément les modèles théoriques.

Côté alimentation : pas de changement jusqu’à ¾ jours avant l’épreuve pour passer en mode « chargement en glycogène » sur les derniers jours. J’ai en effet forcé sur les apports en sucres lents, à base de pâtes, blé noir, quinoa…….associés à des protéines et à une bonne hydratation. Comme j’ai pris l’habitude de peser les aliments qui comportent des glucides, depuis 2006, date de ma formation à l’IF au CHU, j’ai bien évidemment adapté et de fait augmenté mes doses d’insuline pendant ces ¾ derniers jours.