Pendant la course

Jérôme

 

Mes premières impressions 

Je crois avoir très bien vécu la course. J’emploie le verbe « croire » car ces activités extrêmes vous emmènent vers des états un peu seconds. Je ne l’aurais peut-être pas qualifiée ainsi en parcourant le 75e kilomètre. Néanmoins, mes capacités sportives sont restées tout au long du parcours, assez exceptionnelles car j’ai pu courir en permanence. Cette transformation de ma capacité sportive s’est récemment révélée grâce à l’utilisation de la boucle fermée hybride en compétitions extrêmes, mon ancienneté de pratique ou la charge d'entraînement ne suffisant pas seule à l’expliquer. La glycémie de course est elle aussi restée exceptionnelle, ainsi que la météo, le tout dans un contexte familial très plaisant. 

Nous avons couru ensemble, c’était mon contrat de départ. Je courais avec mon frère mon septième « 100 bornes » et je souhaitais l’accompagner pour son premier. Résidant à 500 km l’un de l’autre, nous n’avons pu nous entraîner ensemble mais nous téléphonant régulièrement, nous analysions ensemble nos dérives glycémiques, nos collations ou encore nos matériels. 

Équipés tous deux de boucles fermées hybrides, nos debriefs portaient essentiellement sur les intensités d’exercice qui n’ont pas les mêmes conséquences glycémiques, sur les délais de déclarations d’exercice à renseigner dans nos matériels ainsi que les glucides d’entrainement, leurs quantités et les index glycémiques.

Quelques événements imprévus... 

Quelques événements imprévus comme l’oubli des clés du cadenas des vélos accompagnateurs avant le départ. Ces évènements peuvent être source de stress et d'hypoglycémies par sollicitation d’adrénaline. Mais tout s’est bien terminé et les vélos ont pu rejoindre leur ligne de départ à l’heure. Hormis cet événement, je dirais une glycémie un peu faible au trentième kilomètre, cette péripétie n’ayant plus grand-chose d’exceptionnel dans mon cas.

Ravitaillements, sensations et performances 

Les ravitaillements de courses étaient bien remplis et proposaient des produits hydriques ou solides intéressants. Au fil des mois sous boucle fermée, je m’étais aperçu qu’une hydratation par jus de raisin dilué salé me suffisait. Le jour de la compétition, je n’ai eu qu’à prendre des eaux gazeuses et autres plaisirs lipidiques sur les tables de ravitaillements. 

Je ressentais différentes sensations au fil des kilomètres, la fraîcheur et le plaisir du départ d’abord suivis d’heureux moments comme les retrouvailles avec les vélos au 10e kilomètre, puis à micro-objectifs, d’atteindre les dizaines de kilomètre, le vingtième, trentième, quarantième… Le cinquantième est un passage intéressant car, une moitié faite, permet de débuter le décompte ; pourtant la fatigue augmente kilomètre après kilomètre.

Nous avons parlé tout au long de la course, ensemble ou avec d’autres coureurs évoluant à la même vitesse. Patrice et moi n’avons aucun tabou à évoquer nos diabètes et à l’annonce, tous les coureurs sans exception, nous ont félicité de nous engager sur ce type d’épreuve. Nous portions capteurs et cathéters sur les bras donc visibles de tous. Je ne me sens pas différent des autres mais certainement plus fort qu’eux, plus solide et déterminé.

J’ai surtout été surpris par ma stabilité glycémique ! C’est pourtant une norme que je rencontre depuis quelques mois, sous boucle fermée et ayant participé aux 24h de Royan et au marathon de paris. Cette obsessionnelle euglycémie me surprend toujours et pour longtemps malgré la situation extrême dans laquelle je pousse mon organisme. Les autres surprises concernent le dénivelé de la course, rarement plat et la beauté des paysages dont jamais je ne me lasserai. Je suis aussi très fier de mon frère qui a très bien géré sa première épreuve de ce type.

Nous avons décidé d’interrompre la course après 9h30, au 75e kilomètre car le plaisir n’était plus. Nous passions aussi à proximité de l’arrivée et repartir pour le dernier quart de la course n’était pas simple, physiquement comme mentalement. Il nous aura fallu 48h pour achever ce projet en décidant de nous réinscrire et pour finir, l’année suivante.

 

 

Patrice

 

Mes premières impressions 

Je n’avais pour ma part aucune expérience de ce type d’épreuves, si ce n’est un trail de 80 km dans le Jura, avec un départ nocturne à la frontale. Pour autant, le départ, que ce soit sur ce type de courses, ou sur de plus courtes distances, reste un moment unique en émotion, teinté d’euphorie, de complicité, de montée d’adrénaline (au détriment de la glycémie parfois), de joie, d’incertitude et pour ma part s’y ajoute toujours le sentiment d’être privilégié, car je ne peux m’empêcher de penser à celles et ceux qui souffrent dans leur quotidien, et qui n’ont pas eu la chance de passer entre le gouttes, du DID ou d’autres pathologies d’ailleurs. Je sais aussi pertinemment à cet instant que de penser à eux va nourrir mon effort tout au long de l’épreuve.

Par conséquent, un gros gros kiff sur la ligne de départ, à fortiori en famille.

Péripéties et performances

Quelle frayeur cependant 30’ avant le départ quand nous constations que la clef du cadenas du porte vélos était restée au camping... Heureusement, Jérôme nous a fait une « Sébastien LOEB », dans le strict respect du code de la route de la PS5 bien sûr, et nous pures prendre le départ pile à l’heure.

Les 30 premiers kilomètres, plutôt plats, furent tout aussi euphoriques : une vitesse moyenne bien maîtrisée, que Jéjé considérait un poil élevée surement, une météo favorable bien qu’un peu fraîche pour les accompagnants cyclistes, une route impeccable dans un fort joli paysage et une glycémie qui se stabilise. En effet, parti un peu haut, les 1ers kms ont permis de retomber à la normoglycémie.

Côté ravitos, rien à redire (Cf. le détail de mes apports) : présents tous les 5 kms, variés, il m’ont en fait permis, en m’arrêtant systématiquement, de recharger en sucré et en salé, à tel point que le stock que j’avais prévu, et que portait mon épouse dans un panier, à l’avant du vélo, n’a que très peu servi, excepté l’eau plate ou gazeuse (St Yorre) et la maltodextrine dans des gourdes. Si c’était à refaire, j’allègerai fortement cette charge de l’accompagnant. Cette logistique est extrêmement rassurante pour ma part… Historiquement, j’ai toujours porté sur moi beaucoup trop de collations, angoissant à priori de manquer. Le passage sous pompe à boucle semi-fermée en CTRL IQ, a par ailleurs fortement réduit la nécessité de resucrage et de fait le stock à emporter.

Notons que j’avais également prudemment emporté avec moi, ou du moins sur le vélo, un G6 et un kit de cathé au cas où.

Puisque nous parlons DID, sachez que les autres participants n’étaient pas nécessairement au courant de cela. Jérôme avait informé la croix rouge au départ, comme nous le faisons souvent au départ des courses mais c’est tout. Il nous est arrivé d’en échanger tout au long de la course avec d’autres coureurs mais sans plus. On a d’ailleurs croisé d’autres spécimens pendant l’épreuve : un monsieur pas tout jeune porteur d’une prothèse de genou, une « mamie » complètement courbée, et ce dès le départ, à vous donner pitié, mais finisher…elle.

Comme je le disais, nickel sur 30 kms… puis les choses ne sont pas gâtées… je l’ai dit, préparation sûrement insuffisante ! Les 1ères côtes sont arrivées et les 1ers stop and go avec, ou plutôt l’alternance course/marche ; certes, c’était prévu, mais pas aussi tôt. Jéjé, en pleine forme, continuait à courir, même quand ça montait…plus lentement certes pour s’adapter à mon rythme, d’autant plus que nous avions convenu de faire cette épreuve ensemble. Mais ce deal,, bien partagé en amont, s’est très vite vu confronté aux 1ers aléas de l’un ou de l’autre pendant l’épreuve. Ne voulant pas être un boulet pour le frangin, je lui ai proposé très tôt de faire sa course… que nenni !

A partir donc du 35/40ème km, s’en est suivi une alternance de tronçons marchés et d’autres courus…encouragé que j’étais de voir les panneaux défilés à chaque « 5 » kms… bien évidemment….une somme de petites victoires qui font normalement de moi un finisher ! Puis des crampes progressives envahissaient certains muscles des membres inférieurs au fil des kms… rendant de plus en plus difficile la course ; heureusement, je marche assez vite ! Jéjé, quant à lui, habitué des courses longues, enquillaient sans souci apparent.

Arrivé au KM 55, quel bonheur de tomber sur un stand de masseurs/kinés non seulement adorables mais surtout efficaces…

Massé, requinqué, chargé en sucré/salé, me voilà reparti en courant ;  je suis d’ailleurs repart beaucoup trop vite je pense.

Resté au stand plus longtemps, Jéjé est reparti qqs minutes derrière mois, mais comme je le savais plus à l’aise, je me doutais qu’il me rattraperait progressivement…sans parler à sa place, je crois savoir qu’il commençait à souffrir un peu...


Savoir dire stop 

S’en sont suivis des kms plus durs et puis une évidence ! La visite fortuite de mon beau-frère et son épouse au Km 75, de retour à Belvès, point de départ et d’arrivée car nous faisions un huit sur ce parcours, plus des douleurs communes, plus la nuit tombante, plus du non verbal évident et expressif, nous ont amenés, solidairement et conjointement à mettre le clignotant sans regret.

Ce renoncement n’a d’ailleurs rien à voir avec le DID... pour ma part, continuer aurait été envisageable, et Jéjé vraisemblablement aussi, mais j’aurais surement dû puiser lourdement dans mon mental et dans mes réserves, sans parler d’éventuelles blessures. J’ai écouté mon corps et ma motivation sans regret aucun.

Nous avions d’ailleurs  à peine abandonné que songions déjà au prochain mais non plus à 2 mais à 3, car mon épouse a adoré cette épreuve en tant qu’accompagnante et a désormais envie de s’y engager !

Cet abandon s’est fait au bout de 10 heures de course.

Côté diabète, c’était la 1ère épreuve que je faisais sous boucle semi-fermée avec CTRL IQ ! Quel bonheur, quel lâcher prise : moins de resucrage ou des plus petits, moins d’incursions en hyper, 2 je crois, une courbe plutôt correcte et moins R&R qu’auparavant.